« Thor : God of thunder » par Jason Aaron et Esad Ribic

Publié le par Jean-Michel Gouvard

thor god thder 1Le relaunch planifié des titres Marvel a été beaucoup critiqué, dans la mesure où il semblait n’être qu’une pâle imitation du relaunch opéré par DC un an auparavant, avec le succès que l’on sait. Succès au demeurant tout commercial, car, si l’on fait exception pour quelques titres comme « Aquaman » ou « Earth 2 », l’opération n’a guère contribué à réellement renouveler, sur le fond, la ligne éditoriale suivie par DC. Marvel a procédé un peu différemment puisque l’éditeur opère une modification progressive de son offre en kiosque, qui a commencé dès octobre, et qui se poursuit depuis, au fil des mois. Annoncé comme toujours à grands renforts de publicités, teasers et fausses fuites savamment orchestrées sur le net et dans les conventions, ce relaunch a été et est encore un franc succès commercial, et, d’un point de vue critique, il offre lui aussi quelques véritables petits bijoux qu’il serait bien dommage de dédaigner, au prétexte que tout cela sent le marketing à plein nez.

 

« Thor : God of thunder », qui a commencé de paraître en novembre dernier, et dont la quatrième  livraison vient de sortir ce mercredi, fait assurément partie de ces titres qui méritent qu’on s’y arrête. Son auteur, Jason Aaron, est connu pour ses scénarios aux principes plutôt radicaux et, ces derniers temps, il s’est fait remarquer chez Marvel par un « Wolverine » qui, s’il a pu séduire les inconditionnels du Griffu, a le plus souvent suscité des réactions négatives, qui oscillaient des quolibets à une condamnation sans appel. On lui doit aussi le dernier arc de la geste hulkienne qui, quant à lui, a pris à rebrousse poil les fans du Géant Vert, et s’est terminé de manière pour le moins incohérente et quelque peu grand-guignolesque. Comme quoi, à opter pour des scénarios systématiquement contrariants, on prend le risque de perdre ses lecteurs, plutôt que de les (re)conquérir.

 

Thor ridic 2En même temps, on ne saurait reprocher à Marvel de prendre des risques puisque, tout comme pour DC, c’est justement le côté trop timoré de sa politique éditoriale qui lui est souvent reproché. Et, cette fois-ci, la prise de risque se révèle judicieuse puisque, en se voyant confier par l’éditeur les destinées de l’un des ses personnages culte, Jason Aaron a su trouver un angle d’attaque qui, tout en satisfaisant son goût pour les scénarios jusqu’au-boutistes, s’inscrit dans la continuité de l’univers d’Asgard, et renouvelle avec brio une série qui, depuis « Dark Reign », avait en vain cherché un nouveau souffle.

 

Le quatrième numéro de « Thor : God of thunder » nous livre en effet l’avant dernier chapitre d’un premier arc d’inspiration épique, intitulé « The God Butcher » (« Le Dieu Boucher »). Une entité, dont la nature divine n’est pas encore clairement établie, massacre à travers les âges les dieux des divers panthéons païens, en les affrontant en combat singulier ou, le plus souvent, en les capturant et en les torturant de la manière la plus sadique qui soit. Cet argument qui, en soi, peut paraître quelque peu banal, est transcendé par la technique narrative adoptée par Aaron. En effet, le scénariste imagine que Thor a croisé sur son chemin le Dieu Boucher non pas une, mais trois fois : une fois dans le présent ; une autre fois dans le passé, au cinquième siècle de notre ère ; et une dernière fois dans un lointain futur, alors que le dieu du Tonnerre, devenu un vieil homme ressemblant trait pour trait à son père, Odin, est le seul survivant des dieux d’Asgard – le Boucher ayant tué tous les autres. Et ces trois lignes narratives sont, bien entendu, constamment entremêlées l’une à l’autre, le scénariste posant des questions qu’il laisse volontairement sans réponse, distillant au compte-goutte les informations, et laissant planer tout autant le mystère que le suspens quant au véritable dessein de ce Dieu criminel omnipotent – et quant à la destinée de Thor.

 

thor god thder 3Ce scénario puissant et habilement mené doit aussi une partie de son charme aux déités que Thor est conduit à rencontrer, lesquelles doivent tout autant à l’imagination débridée d’Aaron qu’au talent d’Esad Ribic. Le style de ce dernier, à la fois réaliste et esthétisant, fait merveille, car il donne aux dieux représentés une force, une présence, une crédibilité, que seul un artiste aussi maître de ses moyens pouvait leur conférer, de même qu’aux lieux souvent improbables où l’action se déroule. Ce qui contribue tout autant à la force du récit que les énigmes que Thor tente de résoudre, sur les trois plans temporels où il évolue, à différents âges de sa propre vie.

 

« The God Butcher » sera, à n’en pas douter, un récit qui fera date dans la geste de Thor. Il ne reste plus qu’à espérer que ce début tonitruant tienne ses promesses, et que la revue ne s’effondre pas après cette mise ne bouche pour le moins alléchante. Comme cela avait été le cas avec la précédente revue dédiée au dieu du Tonnerre, « The Mighty Thor ».

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Publié dans Revues & Albums

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