Les Avengers de Jonathan Hickman

Publié le par Jean-Michel Gouvard

avengers-opena.jpgAvec l’été, les lecteurs français ont commencé à découvrir les « nouveaux » Avengers, tels que Jonathan Hickman a été chargé de les réinventer dans le cadre du relaunch du catalogue de l’éditeur, baptisé « Marvel NOW » pour l’occasion. Une « révolution » qui a débuté outre atlantique voici un an, et sur lequel les lecteurs qui, comme votre serviteur, lisent les comics en V.O. ont donc un recul encore plus grand. Ce qui autorise un premier bilan sur la série.

 

Jonathan Hickman est bien connu de tous, à commencer pour le run qu’il a mené pendant deux ans sur les « Fantastic Four » avant de prendre les commandes des « Avengers ». Le scénariste s’y est entre autres appliqué, ainsi que le lui avait demandé le staff éditorial, de mettre de l’ordre dans l’univers quelque peu touffu et confus des FF – une tâche dont il s’est acquitté avec brio, en faisant un certain nombre de choix plutôt judicieux, qui lui ont permis de supprimer des branches inutiles sans pour autant bousculer la continuité narrative. En revanche, la nouvelle orientation qu’il a donnée à la série, en accentuant l’importance et le rôle de la « famille », en mêlant les lignes temporelles, en multipliant les incarnations de certains personnages, et en plongeant tout ce joli monde au sein d’un space opera plutôt complexe et pas toujours convainquant, en particulier par le rôle qu’il donne aux Inhumains, a suscité de nombreuses réserves, et est loin d’avoir emporté l’adhésion.

 

avengers-2013-3-3.jpgSur « Avengers », on retrouve ce goût qu’a manifestement Hickman pour les récits à trames narratives multiples et enchevêtrées, même si les quatre épisode parus à ce jour en France ne font encore que le suggérer. L’histoire d’Ex Nihilo, au demeurant très réussie, va donner lieu à des ramifications plurielles, qui, tout comme pour les « Fantastic Four », procureront vite le sentiment d’un récit complexe et ambitieux, aux implications cosmiques. Hickman transpose donc sur la série la fascination qu’il a pour les space operas et les « gestes » quelque peu élaborées dont il a le secret.

 

En soi, cela promet, mais le scénariste arbore un ton parfois un peu trop emphatique et, surtout, un rythme plutôt lent : sa narration est tout à fait particulière, dans la mesure où elle repose essentiellement sur des promesses, des aperçus qui sont donnés en lecteur, mais ne sont pas suivis, bien souvent, d’effets immédiats. Le récit, de ce point de vue, est tout en effets d’annonce et en retenue. On nous dit bien plus souvent que quelque chose se passe qu’il ne s’y passe vraiment quelque chose. Bien entendu, ce n’est que pour mieux procurer l’impression qu’un complot fabuleux se trame, et ensuite dénouer tous ces éléments en vue de la « crise » finale. Mais on a vu avec les « Fantastic Four » que cette crise pouvait mettre deux ans à venir, ce qui est un peu long si, auparavant, on n’a fait que nous en promettre sans beaucoup nous en donner…

 

AVEN2012002_int_LR-2.jpgCette lenteur du scénario s’accompagne inévitablement d’une certaine mise en scène, avec des Vengeurs qui débattent souvent de ce qu’ils faut faire tout en prenant la pause, afin de bien montrer l’ampleur des enjeux. Or, je ne suis pas certain que cela soit dans « l’esprit » des Avengers. Ce sont avant tout des hommes et des femmes d’action, qui, même lorsqu’ils débattent, se montrent pugnaces, entiers, catégoriques. Il suffit, pour en avoir un exemple, de jeter un œil à l’excellente série « Uncanny Avengers » de Rick Remender. Ainsi, il me semble que Hickman, à cause de la forme narrative tout en retenue qu’il a choisie, perd quelque peu de ce qui fait l’esprit des Avengers. Peu à peu, épisode après épisode, Iron Man ou Captain America tendront à ressembler à Reed Richards plutôt qu’à leur propre personnage, et à devenir avant tout des images d’eux-mêmes, plutôt que d’être eux-mêmes. Cela n’est sans doute pas encore très perceptible avec les quatre premiers épisodes traduits en français, mais les lecteurs de V.O. comprendront sans doute de quoi je veux parler.

 

 

Bien entendu, cela n’enlève rien au fait que nous avons, malgré ces caractéristiques, un beau récit de S.F. qui, s’amorçant sur un scénario de type « invasion alien », finira en space opera ambitieux. L’imagination est au rendez-vous, et Hickman surprendra plus d’un lecteur par les trouvailles qui sont les siennes, lesquelles sont en général bien traduites par les artistes qui travaillent avec lui – et, pour ce qui est du début, il va de soi que le style de Jerome Opeňa sert admirablement l’équipée délirante d’Ex Nihilo et les siens. Seulement, les fans soucieux de retrouver « l’esprit » de la série devront se tourner ailleurs. Vers les Uncanny ou les Young Avengers, par exemple.

 

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Publié dans Analyses

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