Les séries « Avengers » : Trop c’est trop ?

Publié le par Jean-Michel Gouvard

mighty_avengers.jpgAvec le mois de septembre, Marvel proposera à ses lecteurs une nouvelle série « Avengers », « Mighty Avengers », où Luke Cage, en quête d’un emploi depuis qu’il a quitté les Thunderbolts et les New Avengers, prend la tête d’une petite équipe de super-héros, chargés de veiller sur New York pendant que les Vengeurs sont partis dans l’espace combattre… Ah, vous ne le saviez pas ? Alors je ne vous dirai pas de qui il s’agit…

 

Plaisanterie mise à part, avec ce nouveau titre, « Mighty Avengers », l’éditeur aligne en cette rentrée pas moins de dix séries estampillées « Avengers », revues et TPBs confondus. Ce qui commence à faire beaucoup. Pour y voir clair, commençons par un petit inventaire. Hormis « Mighty Avengers » (1), confié à Al Ewing pour le scénario et Greg Land pour le dessin, nous avons :

  • « Avengers » (2) et « New Avengers » (3), scénarisées par Jonathan Hickman, et qui a pour ambition d’élargir les horizons des Vengeurs en propulsant l’équipe dans des intrigues aussi cosmiques que complexes, dans le style de ce que le scénariste a déjà fait avec son run sur les « Fantastic Four » ;
  • l’excellent « Uncanny Avengers » (4), où Rick Remender fait preuve une fois de plus de son talent, et de sa remarquable connaissance de l’univers Marvel, en associant des vengeurs et des mutants ;
  • le tout aussi réussi « Young Avengers » (5) de Kieron Gillen et Jamie McElvie, qui ne travaille pas souvent pour les comics mainstream, mais qui sait choisir les bons projets et enrichir par son style si personnel les bonnes histoires ;
  • « Avengers Assemble » (6), le titre « vengeur » repris par Kelly Sue DeConnick après le départ de Bendis, et où la jeune auteure a su insuffler un ton personnel, sans pour autant trahir l’esprit des Avengers ;
  • « Secret Avengers » (7), la série de Nick Spencer et Butch Guice qui, comme toujours avec ce titre à la ligne éditoriale un peu floue, offre parfois de très bonnes histoires, et d’autres moins… essentielles ;
  • le médiocre « Avengers Arena » (8), écrit par Dennis Hopeless et dessinée par Kev Walker, qui n’est qu’une pâle copie de « Battle Royale » et démontre une fois de plus qu’une mauvaise idée ne donne jamais qu’un mauvais comics ;
  • « Avengers A.I. » (9), un tie-in né de l’event « Age of Ultron » qui débutera tout juste en France d’ici quelques jours, avec Sam Humphries au scénario et le très bon Andre Lima Araujo au dessin, qui met en scène des vengeurs ayant pour point commun… de ne pas être des êtres humains mais des robots : le titre n’en est encore qu’à ses débuts, mais il est déjà sympathique, à défaut d’apparaître comme essentiel ;
  • et à toutes ces on-going séries, on ajoutera « AvX » (10) qui, bien qu’il soit terminé, sort en TPB en septembre.

 

mightyav2.jpgSi Marvel est loin d’avoir toujours joué la carte de la facilité, « Avengers Arena » mis à part, cette inflation soudaine de l’offre éditoriale a de quoi déconcerter. Bien entendu, on devine les intentions commerciales sous-jacentes. Le mot « Avengers » est en train de devenir une marque, au sens marketing du terme. Le succès mondial du film éponyme a beaucoup fait pour les comics en général, et la franchise Avengers en particulier. Les ventes des comics, qui étaient encore au plus bas voici deux ou trois ans, ont eu tendance à remonter cette année, pour culminer avec un excellent mois de juillet. Et, dans les charts, on a observé un retour en force puis une excellente tenue des titres « Avengers » : par exemple, en juillet, Marvel a trusté toutes les places du Top 20, entre la huitième et la vingtième, essentiellement avec des séries mettant en scène les Vengeurs. Et, en France, on observe une tendance similaire : la part de marché des comics, qui était proche des 10% tend à rallier les 15%, et grignote peu à peu ses concurrents directs, que sont la BD européenne et les mangas. Et comme la mode « Avengers » est loin d’être terminée au cinéma, on peut penser que cet engouement ne va faire que se confirmer dans les prochaines années. On comprend que Marvel tente d’exploiter cette manne…

 

Mighty_Avengers_Vol_1_30_Textless.jpgEst-ce une raison suffisante, d’un point de vue strictement éditorial, pour multiplier les revues « Avengers » ? Plus ou moins. Car, si certains titres comme « Young Avengers » ou « Mighty Avengers » jouent bien le rôle qu’on attend d’eux, en ceci qu’ils complètent effectivement l’univers des vengeurs, d’autres ne font que se concurrencer les uns les autres : c’est le cas d’« Avengers », « Avengers Assemble » et, dans une moindre mesure, d’« Uncanny Avengers », qui sont sur un même créneau. Même s’ils ne traitent pas de la même manière leur sujet, celui-ci reste bel et bien « vengeur » dans l’âme : un petit groupe de super-héros s’emploie avec plus ou moins de succès et de dissensions à sauver le monde.

 

A terme, le risque pour Marvel est de voir se diluer son lectorat entre ces titres et, lorsque l’un d’entre eux s’arrêtera, de ne pas voir les lecteurs revenir sur une autre série estampillée « Avengers » - ou, pire, estampillée « Marvel ». C’est un risque certainement calculé, mais qui est inhérent à l’exercice : en proposant des séries assez différentes dans leur tonalité, mais qui tournent toutes autour, non pas des mêmes super-héros, mais d’une même conception du super-héros, les fans vont faire des choix, et l’éditeur au lieu de vendre beaucoup quelques titres, finira par vendre peu beaucoup de titres. C’est d’ailleurs ce qui a conduit Marvel à supprimer « Avengers Arena » - hormis qu’à force de faire s’entre-tuer les personnages, il fallait bien que l’histoire ait une fin… Et on devine qu’ « Avengers A.I. » ou « Mighty Avengers » n’auront pas non plus une très longue carrière, sauf succès commercial.

 

 

Ainsi, si la diversification de l’offre éditoriale « Avengers » a ses raisons d’être, on peut penser qu’elle a atteint son point haut, et que le cap des dix titres restera un record dans les annales, qui ne sera pas franchi de si tôt.

 

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Publié dans Analyses

Commenter cet article

David 29/08/2013 11:03

A mon sens, c'est n'importe quoi ! Au départ, les Avengers ne sont-ils pas les "plus puissants héros de la Terre" ? Là, avec 74 325 équipes, on se dit que pour trouver les "plus puissants", on
racle les fonds de tiroir.

Et si encore les scénarios étaient de qualité ? Une bonne partie des séries Avengers se lisent rapidement et s'oublient tout aussi vite.

Marvel est en train de faire la même erreur qu'avec les X-Men : multiplier pour faire les poches des fans. Sauf que celles-ci ne sont pas sans fond, loin de là !!

Jean-Michel Gouvard 30/08/2013 08:36



D'accord au sujet des poches , et c'est ce que j'ai voulu souligner dans 'lartyicle, en me plaçant plutôt d'un
point de vue commerciale qu'éditorial. Sur le fond, je pense passer en revue toutes ces revues, si je puis dire : j'ai déjà commencé avec l'article que "Les Avengers de Jonathan Hickman", et je
devrais continuer en septembre.