« ClanDestine » : Trois annuals d’Alan Davis

Publié le par megaglob

Wolverine_Annual_Vol_2_1_Davis_Variant.jpgAlan Davis vient de publier à quelques semaines d’intervalle trois annuals pour le compte de Marvel, pour les séries « Fantastic Four », « Dare Devil » et « Wolverine ». Trois annuals qui n’en font qu’un, puisque l’artiste y déroule d’un fascicule à l’autre un seul et même récit, intitulé « ClanDestine ». Alan Davis y renoue avec la famille Destine, qu’il avait créée en 1994, pour une éphémère on-going série de douze épisodes. Son idée était de créer des personnages en rupture avec la continuité marvélienne, susceptibles d’intervenir dans d’autres titres sans avoir pour autant un lourd background derrière eux – et les contraintes narratives qui vont avec. On avait revu les Destine fugitivement, en 2008, le temps de cinq épisodes, et ils reviennent donc cette année dans les trois annuals susmentionnés.

 

Précisons, d’entrée de jeu, que « ClanDestine » ne brille pas vraiment par son scénario, également signé par Davis. L’histoire semblera assez confuse à qui n’est pas un familier de la famille Destine, et le récit, par ailleurs, est un peu labyrinthique et assez inégal. Plutôt que « confus », le terme « touffu » rendrait mieux compte de l’impression que procure cette histoire – et de ce que Davis ne soit pas parvenu à lui donner une cohérence narrative forte. Cela tient entre autres à ce que chaque épisode est assez différent de facture. Celui consacré aux « Fantastic Four » entremêle à l’excès les pistes narratives, avec de constants voyages temporels et autres passages d’une dimension à l’autre, si bien que, à force de jouer sur les univers et les époques, il finit par ressembler à une caricature d’un épisode des Fab Four.  Celui dédié à Dare Devil se résume surtout à une longue course poursuite, suivie d’un combat un peu longuet, le tout sans réel surprise. L’annual « Wolverine » repose sur une trame plus classique, avec deux groupes de personnages que l’on suit en parallèle et qui finissent par se rejoindre pour un final qui enchaîne retournement de situation sur retournement de situation : c’est assurément le plus maîtrisé des trois, et le plus efficace.

 

Mais ces réserves ne doivent pas laisser penser que « ClanDestine » ne réjouira pas les amateurs, dans la mesure où le dessin rattrape largement les imperfections du scénario. Alan Davis fait toujours montre de cette élégance et de cette fluidité de style que nous lui connaissons, que viennent renforcer une mise en page rythmée et un sens inné de la composition. Autant de qualité qui culminent ente autres dans le rendu des scènes de combat, en particulier lorsqu’elles comportent de nombreux assaillants, qui s’entremêlent les uns aux autres sans rien enlever à l’image de son dynamisme et de sa lisibilité.

 

prv12901_pg3.jpgHormis ces qualités stylistiques intrinsèques, Davis est aussi quelqu’un qui maîtrise parfaitement les codes graphiques du comic book, et qui en joue volontiers, entre autres pour en tirer des effets humoristiques. Le ton est donné en la matière dès les deux premières pages de l’annual des « Fantastic Four », qui ouvrent cette nouvelle cuvée « ClanDestine », et qui sont reproduites ici en guise d’illustration. L’épisode s’ouvre sur une planche divisée en cinq cases qui occupent chacune toute la largeur de la page, selon un effet « cinéma scope » bien connu, qui tend à donner quelque emphase à la scène. L’enchaînement des images évoque un travelling avec, pour la dernière vignette, un plan de coupe qui fait soudain saillir un détail et vient confirmer l’interprétation du lecteur. En effet, l’absence de toute présence humaine dans les trois premières images ; l’immobilité des corps de Ben Grimm et de Johnny Storm, leur posture abandonnée, la tête légèrement déjetée vers l’arrière, les bras ballants ; le désordre de la pièce dans laquelle ils se trouvent, qui semble avoir été dévastée par une lutte acharnée (on notera au passage le nounours abandonné : l’un des accessoires classiques au cinéma pour faire naître la compassion) ; la tonalité bleutée qui domine la page, et sur laquelle se détache d’autant plus violemment l’éclaboussure rougeâtre qui macule la table du salon et que l’on interprète immédiatement comme étant une tache de sang ; tous ces détails s’appuient sur les stéréotypes du thriller, et font croire au lecteur que deux des Fab Four viennent d’être victime d’une agression. Un sentiment qui est renforcé par le recours à un autre cliché, au niveau des dialogues : le fait que ni la Chose ni la Torche ne répondent au téléphone, Red et Susan laissant chacun un message sur le répondeur de l’un et de l’autre.

 

prv12901_pg4.jpgMais lorsque l’on passe à la page suivante… on découvre une splashe qui prend le contre-pied des attentes posées par la planche précédente, puisque l’on comprend immédiatement que Ben Grimm et Johnny Storm se sont endormis devant la télévision, après s’être gavés de bière et de pizza. Et le désordre de la pièce s’explique par le fait que ces deux fêtards invétérés vivent en célibataires dans le Baxter Building depuis que le reste de la petite famille est parti en vacances. On voit ainsi comment Davis joue avec les codes graphiques pour en tirer les meilleurs effets – et on appréciera au passage la composition de cette page, avec des lignes de force tout en courbes, caractéristiques de la manière de faire de l’artiste ; une profondeur de champ parfaitement maîtrisée, et dans laquelle s’inscrit tout un fatras de détails qui, malgré leur profusion, n’entravent en rien la lisibilité de l’image, et ajoutent même à sa dimension humoristique, tel le petit Ben Grimm articulé jeté contre une plinthe, ou les fléchettes plantées l’une dans le mur, l’autre dans une canette.

 

C’est pour des planches comme celles-ci que l’on est fortement tenté de recommander cette saine lecture, malgré les imperfections du scénario.

 

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Publié dans Revues & Albums

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