Winter Soldier : « Broken Arrow » et « Black Widow Hunt »

Publié le par Jean-Michel Gouvard

winter-soldier-8.jpgAprès avoir analysé les qualités narratives de « The Longest Winter », nous nous intéresserons aujourd’hui à « Broken Arrow » et « Black Widow Hunt », les deux arcs qui suivent. Ils courent sur les numéros 6 à 14 de « Winter Soldier », et mettent un point final au run d’Ed Brubaker autour du personnage de Bucky Barnes – run commencé voici plus de sept ans, en 2005.

 

Il convient d’examiner simultanément ces deux arcs, car ils forment un tout, et la subdivision qu’induisent les deux titres peut même apparaître, rétrospectivement, comme étant quelque peu artificielle. En effet, « The Longest Winter » s’est clôt sur une énigme non résolue : qu’est-il advenu du troisième agent dormant du Projet Zéphyr, sachant que Kragoff et Von Bardas avaient trouvé vide le tube de stase de ce dernier ? Brubaker va répondre très rapidement à cette question, en révélant que le super-soldat Leo Novokov a été sorti de son sommeil suite à un tremblement de terre survenu bien avant les événements actuels, et qu’il n’a désormais qu’une seule idée fixe : s’en prendre directement à Bucky Barnes, qui fut son instructeur dans l’ex-U.R.S.S., et qui fait maintenant figure de héros à l’Ouest. Dès « Broken Arrow », il va ainsi enlever Natasha à son amant, et lui faire subir un lavage de cerveau, afin que la Veuve Noire redevienne celle qu’elle était, lorsqu’elle travaillait pour le compte des services secrets russes : une bad, very bad girl. Si bien que toute la suite de cet arc, puis « Black Widow Hunt », se résument à un jeu de pistes, Barnes déployant tous les moyens pour retrouver sa bien-aimée, et se désespérant de n’y pas parvenir.

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Ainsi résumé, on voit que l’argument sur lequel repose ces deux arcs, sans être insipide, est plus banal que celui qui présidait à la ligne narrative de « The Longest Winter ». Il s’agit d’une chasse à l’homme, avec un jeu de pistes qui prend parfois les allures d’une course poursuite, et où les rôles du chasseur et du gibier se renversent à plusieurs reprises, afin de ménager les retournements de situation attendus. Bien entendu, Brubaker mène le jeu en auteur consommé, variant les situations et les péripéties, mais il y a peut-être ici ou là une page de trop. Par exemple, lorsque Bucky, cédant aux exigences de Leo, se fait lui-même laver le cerveau et implanter dans l’esprit l’idée qu’il doit supprimer Daredevil – ni plus ni moins –, la scène qui s’ensuit, et qui met aux prises non seulement les deux intéressés, mais aussi plusieurs Vengeurs qui tentent de s’interposer, est à l’évidence tirée en longueur, sous le prétexte que c’est une scène « à faire ». Pourtant, elle ne s’intègre que très partiellement à l’intrigue principale, dont elle constitue plutôt un excursus : elle n’apporte aucun indice supplémentaire, et ne modifie en rien les rapports entre les personnages. On le perçoit d’autant plus que, lorsque Bucky a repris ses esprits, Brubaker place une petite scène où Captain America lui dit que tout cela suffit, et qu’ils ont perdu un temps précieux. Et c’est en effet le sentiment qu’a le lecteur : que tout cela n’a pas servi à grand chose, sinon à le divertir, et à occuper un chapitre.

 

winter-soldier-8-4.jpgAjoutons que, par ailleurs, le Daredevil que nous sert Brubaker n’est guère réussi : il reste cantonné à la représentation prototypique qu’on en a, sans que l’auteur lui donne une forte indentité. La chose est d’autant plus sensible que, comparativement, Lucia Von bardas et le Docteur Doom étaient particulièrement aboutis dans le premier arc, ainsi qu’on l’a déjà souligné, et que, de même, sa vision de Wolverine est une réussite. Sans parler de son Captain America, mais cela va sans dire...

 

Ces réserves étant formulées, le reste du scénario n’en est pas moins habile. L’action est souvent dense, tendue, parfois surprenante, comme l’est par exemple la descente en ville de Natasha au volant d’un bolide, sans autre intention que de sourire d’un air narquois aux caméras de surveillance de la ville – et, à travers elle, à son amant –. Ou encore les quelques scènes où apparaît l’inénarrable Marvin Martin, le nain truculent et sans scrupules, fabricant de bombes et autres armes en tous genres.

 

Par ailleurs, comme pour mieux faire pendant aux tendres relations qui unissaient Bucky et Natasha dans « The Longest Winter », Brubaker place ici ou là quelques échanges entre la Veuve Noire et Leo qui révèlent l’ambiguïté de leurs relations, le super-agent soviétique s’étant donné pour tâche de séduire la jeune femme, et de remplacer Bucky dans son cœur. Et Natasha n’excluant pas qu’une telle union puisse, à terme, se réaliser. Le procédé ne fait que rendre Novokov encore plus détestable, bien entendu.

 

Enfin, la grande scène finale se déroule dans un lieu emblématique de la geste de Captain America et Bucky, le cimetière d’Arlington, où se dresse, en guise de mémorial aux deux super-héros, une statue les représentant côte à côte. Hormis l’effet de dramatisation que le scénariste en tire relativement au récit (un cimetière, la nuit…), le clin d’œil au lecteur est clair : Brubaker achève son récit sur une note à la fois nostalgique et complice, replaçant en perspective le chemin parcouru par les deux justiciers, depuis la seconde guerre mondiale à ce début de vingtième-et-unième siècle, dessinant une légende que personne, pas même Leo Novokov, ne parviendra à faire oublier.

 

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Publié dans Analyses

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