Superman Grounded : Superman à terre…

Publié le par Jean-Michel Gouvard

superman-705.jpg« Superman Grounded » est un arc qui compte dix épisodes, un prologue, un épilogue et deux interludes, et qui a été publié en V.O. en deux volumes. Sa publication en français par Urban Comics, sous le titre de « Superman à terre », était prévue pour le 26 avril, et vient d’être reportée au 24 mai.

 

Ce récit fait suite à « New Kripton ». A la fin de cet arc, Superman est accablé par la disparition de tous les Kryptoniens, suite à la guerre qui opposa les survivants de sa planète natale à la Terre, et par la défiance que lui témoignent les Terriens, lesquels le jugent plus ou moins responsable des dommages subis pendant le conflit, tout en lui reprochant d’être allé vivre sur la Nouvelle Krypton au lieu de rester à leurs côtés. Qui plus est, avant que cette saga ne commence, il avait perdu son père, qu’il n’avait pu venir sauver de la crise cardiaque qui devait le terrasser.

 

Il était donc intéressant, d’un point de vue scénaristique, de soulever la question de la réintégration de Superman à Metropolis et, plus largement, dans l’espace aussi bien géopolitique que culturel des Etats-Unis. La tâche en a été confiée à J. Michael Straczynski, en partie assisté par Chris Roberson. Et, le moins que l’on puisse dire, est que le résultat est décevant.

 

Straczynski imagine que Superman ne fait rien moins qu’une dépression et, ayant perdu le sens des valeurs qui furent les siennes – truth, justice and american way –, il décide de parcourir les Etats-Unis… à pied, en marchant en costume à travers les rues, afin de rencontrer le peuple américain et de retrouver foi, peut-être, dans les valeurs qu’il s’était appliqué à défendre jusqu’alors. D’où le titre : Superman grounded (Superman à terre).

 

Sur cette idée pour le moins singulière, J. Michael Straczynski débute par des pages plutôt intéressantes, où la réalité sociale de la crise économique est intégrée avec une relative habilité au récit. On voit ainsi Superman aider les habitants d’un quartier résidentiel dont une partie des maisons, qui ont été saisies par les huissiers, sont occupées par des gangs de dealers, ou venir au secours d’un vieil ouvrier qui, à Détroit, une ville qui fut l’un des poumons de l’industrie automobile américaine, garde une usine déserte, qui a dû fermer ses portes en laissant derrière elle des milliers de chômeurs. Ce faisant, Straczynski semble renouer peu ou prou avec la veine de « Midnight Nation » et, surtout, il retrouve l’inspiration même des premiers épisodes de Superman, à la fin des années 30 et au début des années 40. En effet, on a tendance à oublier que notre super-héros est né dans un contexte social bien déterminé, où la société américaine subissait encore les effets de la crise de 29 et voyait poindre la menace d’une guerre en Europe. Aussi, dans la plupart des premières aventures de Superman, Clark Kent lutte-t-il contre les politiciens véreux, les chauffards, les machines à sou, les syndicalistes aux méthodes mafieuses, etc. Même si Lex Luthor fait rapidement son apparition, sous les traits d’un savant fou et non d’un multimilliardaire, les récits fantaisistes sont très peu représentés. Ainsi peut-on voir, me semble-t-il, dans les premières pages de « Grounded » un hommage aux origines mêmes du personnage, et à l’inspiration « sociale » de Jerry Siegel.

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Le problème est qu’un tel procédé risque de conduire à une suite de sketches décousus si aucune histoire ne vient donner à l’ensemble une unité et une orientation. Et c’est ce qui, très vite, manque à ce scénario. Tout d’abord, la dimension sociale qui vient d’être soulignée tourne court : Superman finit par aider à réparer le moteur d’une voiture, jouer au basket contre toute une équipe, sauver un chat sur un toit… Et, surtout, peu à peu, les épisodes sont envahis par des dialogues pour le moins longuets sur les valeurs que défend Superman, la manière dont il est perçu, le rôle d’un super-héros dans la société américaine, etc. Autant d’idées dont on comprend que Straczynski ait eu envie de parler, mais qui ne sont jamais scénarisées : l’auteur les expose telles quelles, dans des dialogues entre Superman et Loïs, Superman et Wonderwoman, Superman et tel quidam qui passait par là. Les plus emblématiques de ce naufrage, ce sont sans aucun doute les rencontres avec Batman : notre super-héros croise par deux fois son alter ego de Gotham City et, à chaque fois, c’est parce que Bruce s’inquiète de la santé mentale de Clark. Il se livre donc avec lui à une petite introspection… sans rien faire d’autre. Aucun appel au secours, aucune mission à accomplir, aucune menace, personne à sauver. Et cela dure pendant 150 pages environ…

 

Certes, Straczynski a bien songé à poser un fil rouge, afin d’unifier l’ensemble. Il imagine que des morceaux de la Nouvelle Krypton – laquelle a été pulvérisée à la fin de l’arc qui porte son nom – retombent sur Terre. Une jeune professeur de sciences physiques se trouve affectée par l’un d’eux, et s’attache à poursuivre Superman de sa haine. Le problème est que ce personnage est en fait très peu exploité : il apparaît de manière plutôt discrète, ne menaçant jamais vraiment notre super-héros, y compris dans la scène de confrontation finale. Et l’explication qui est donnée dans le dernier chapitre sur son comportement est pour le mois tirée par les cheveux : la jeune femme ayant vu Superman à travers un cristal qui révèle les pensées de celui que l’on regarde, elle est devenue l’incarnation de la dépression de Superman… (Oui, je sais, c’est nul… Et non, je ne spolie personne tellement c’est nul.)

 

superman713b.jpgBref, passé les 30 ou 40 premières pages, ce « Superman Grounded » vire au pensum, et étire pour le plus grand ennui du lecteur une suite de dialogues plutôt lourds et répétitifs, que ne parviennent pas à alléger les quelques scénettes bien souvent stéréotypées (le chat sur le toit !) où Superman vient en aide à son prochain. Ennui, ennui, ennui. C’est à un tel point que cela en est même surprenant : comment Straczynski a-t-il pu méconnaître ainsi les règles d’un bon scénario ? Pourquoi ne pas avoir cherché à poser les mêmes questions, mais en les scénarisant, c’est-à-dire en imaginant des situations qui les auraient illustrées plutôt que de les exposer explicitement de manière aussi pompeuse ? Pourquoi ne pas avoir fait de la jeune prof de sciences physiques une super-vilaine qu’il aurait affronté de manière spectaculaire dans une suite de défis ? Et, surtout, pourquoi ne pas même avoir cherché à exploiter ce qui fait l’un des grands succès de Superman auprès de ses fans – dont je suis – à savoir les personnages emblématiques de son univers, les gentils comme les vilains ? Seuls Perry White et Jimmy Olsen font une brève apparition, au demeurant ratée, et le personnage de Loïs Lane est sans consistance, limitée à deux stéréotypes : je suis journaliste et j’aime Superman…

 

L’histoire serait peut-être mieux passée avec de bons dessinateurs. Mais, là aussi, l’éditeur a été bien mal inspiré. Eddy Barrows, qui a dessinée une grande partie de l’arc, n’est pas un artiste sans qualité, mais son style assez agressif, au trait appuyé, sans grand souci du détail, s’accorde bien mal avec une histoire où il ne se passe pas grand-chose. Et, de toute façon, il demeure bien en-deçà des grandes références du moment sur la série, qu’il s’agisse de Gary Frank ou de Jim Lee. Quant aux autres contributeurs, ils font ce qu’ils peuvent (Igle s’en sort plutôt bien), mais il en est deux, dont il ne semble pas nécessaire de rappeler ici le nom, qui se révèlent incapables de dessiner une perspective, et de représenter avec quelque naturel un corps humain, que ce soit dans les postures, les mains ou encore l’expression du visage. On se demande comment DC a pu faire appel à eux…

 

On l’aura compris, ce « Grounded », qui aurait pu donner une excellente histoire s’enlise dans le manque d’imagination et de créativité, aussi bien par son scénario que par son graphisme. Et on ne saurait trop conseiller… de ne pas l’acheter lorsqu’il sortira en France. En préparant cette review, je me suis aperçu d’ailleurs aperçu qu’il avait reçu, sur un site américain, le prix du pire comics de l’année 2010. Une distinction peut-être excessive, mais qui se justifie sans doute par l’immense déception que suscite le fait de voir l’un des plus grands super-héros du comic book recevoir un traitement aussi indigne. « Superman à terre » ? Oui, et par KO. 

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Publié dans Revues & Albums

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Commenter cet article

David 03/04/2013 21:48

Je suis totalement HS, mais je viens de lire la conclusion en VF d'Avengers Vs X-Men. Hé bien, à la différence de votre avis, je trouve que la fin est bien trouvée et j'adore le plan où Scott fait
le X de la victoire quand il apprend que des milliers de mutants sont revenus sur Terre.

Je trouve également intéressant que, pour la deuxième fois, Captain America trouve le moyen de contrer les idées "révolutionnaires" de ses alliés. Dans Civil War, il s'opposait au monde sécuritaire
de Tony Stark, mais ce faisant, pavait un chemin royal pour Osborn. Là, il refuse que les X-Men fassent le bien sur Terre.

Mine de rien, ce n'est pas la première fois que les Vengeurs se posent en adversaires acharnés des X-Men. Je me rappelle ce fabuleux RCM paru dans les années 80 (et introuvable dans sa forme
d'origine) où déjà les Vengeurs s'essuyaient les pieds sur les mutants.

J'ai hâte de voir comment les scénaristes vont traiter la suite, mais l'idée que Scott soit désormais un paria est une sacrée bonne trouvaille.

Bonne soirée !

Jean-Michel Gouvard 04/04/2013 08:25



Oui, je suis d'accord : les deux derniers épisodes d'AvX sont, de très loin, les meilleurs de cette mini-série. Mais j'ai tellement été dégoûté par ce qui précède, que j'ai laissé tomber à 2 ou 3
fascicules de la fin, et tout revendu via internet l'automne dernier. Depuis, j'ai feuilleté ce final - effectivement réussi - mais je pense toujours autant de mal du scénario dans son ensemble,
et de John Romita Jr en particulier.


Quant au destin de Scott, je n'en sais rien : j'ai laissé tomber toutes les séries X après AvX. je viens tout juste de reprendre le premier fascicule de "Wolverine", avec Alan Davis au dessin (et
à cause de Davis, pas de Wolverine ).


En attendant, je me suis mis à racheter des vieux comics X-Men, des années 90...