Le run de Jeff Parker sur « Hulk » : L’heure du bilan

Publié le par megaglob

000 2Avec le dernier épisode de « Mayan Rule », paru fin août, Jeff Parker a mis un point final à son run sur « Hulk », après deux années passées aux commandes de la série. On se souvient qu’à l’époque Parker avait été choisi pour redresser la barre d’un titre qui s’attirait de nombreuses critiques. Jeph Loeb, qui avait été chargé de lancer la série, avait recouru à une vieille ficelle du métier : faire beaucoup de bruit avec pas grand-chose. Il avait ainsi réduit Hulk à une brute épaisse, qui s’en était pris à tout l’univers Marvel – ou presque –, gâchant tout le potentiel qu’avait au départ le personnage Janus de Thad Ross.

 

Parker a su, pour sa part, donner une toute autre orientation au titre. Il a fait de Rulk/Ross un personnage attachant, en le dotant d’un passé et en le montrant sous les traits d’un être habité par le doute et la conviction que sa vie était un échec. Au terme de ces aventures, le géant rouge a désormais une consistance et une épaisseur bien plus grandes, et il a laissé derrière lui aussi bien le stéréotype du général borné et va-t’en-guerre que celui du monstre rugissant auxquels il était le plus souvent cantonné.

 

Zero_One_-Kurinji-_-Earth-616-_0002.jpgMais Hulk n’est pas le seul personnage réussi de la série. Parmi les antagonistes, Zéro/One restera sans doute dans les mémoires comme un modèle du genre. Elle cumule en effet un physique et un tempérament hors du commun, deux qualités qui font les super-héros comme les super-vilains. L’idée de la représenter sous la forme d’une jeune femme totalement nue, alliant une nature hybride, à mi-chemin entre l’être humain et l’intelligence artificielle, était tout simplement un coup de génie : Parker inventait ainsi un nouveau type, aucun personnage du panthéon marvélien n’ayant auparavant eu un tel aspect. Même si certaines héroïnes ont des tenues pour le moins suggestives, aucune n’a pour « costume » sa propre enveloppe charnelle…

 

On retiendra de même la création de Sultan Magnus, un homme qui s’est emparé d’une technologie alien, et qui règne sur un petit bout de désert transformé en utopie, entre la Lybie et l’Egypte. Un personnage original, lui aussi, dans la mesure où il emprunte en partie son image aux contes des mille-et-une nuits, et qui semble promis à un bel avenir, puisque Parker, de son aveu même, souhaite en faire un pendant oriental du Docteur von Doom. Et, de fait, on le retrouve désormais dans l’arc en cours des « Dark Avengers », où il a maille à partir avec les super-vilains recrutés à l’origine par Norman Osborn.

 

Hulk38.jpgMême s’il n’est pas nouveau, le M.O.D.O.K. imaginé par Parker est également très réussi, dans la mesure où il ne s’agit pas de Tarleton, mais d’un clone de celui-ci qui a la prétention d’être la seconde génération de M.O.D.O.K., et qui prétend tirer les enseignements des échecs de son prédécesseur. Le personnage n’en apparaît que plus terrifiant, ce qui n’empêche pas Parker de le traiter avec un certain humour. En la matière, la scène la plus réussie est assurément celle qui se déroule dans l’ombre de l’event « Fear Itself », lorsque le M.O.D.O.K. et Zéro/One se rencontrent dans les rues de New-York et décident de combattre côte à côte les mécas de Sin : celui-ci, séduit par la jeune femme, s’exclame, faisant feu de toutes ses armes : « Je crois que je suis amoureux »…

 

De tous les principaux antagonistes, le plus banal est sans doute Fortean, l’ancien subalterne de Ross, qui est désormais obsédé par Rulk, tout comme Ross l’était par Hulk. Il n’est qu’un double de Ross, qui rappelle certes au lecteur qui était Hulk le Rouge avant de devenir celui qu’il est désormais, mais le personnage est loin d’être aussi original que les trois précédents, et fait un peu pâle figure par comparaison. Il n'en est pas moins très bien campé, tout comme Dark Fog et l'Omegex, par exemple, qui s'inscrivent eux aussi dans une tradition bien établie du comic book.

 

Il n’y a cependant pas que les vilains qui soient réussis dans « Hulk ». Du côté des « gentils », on retiendra tout d’abord Jacob, qui travaille aux côtés de Zéro/One parce qu’il y est contraint, mais qui fait tout pour empêcher sa maîtresse d’être trop nuisible. Tout comme elle, il a un physique remarquable, si ce n’est qu’au lieu d’être nu, il a l’apparence d’un écorché vif, pour avoir été brûlé sur tout le corps. Une caractéristique qui, combinée avec la bonté de son tempérament, le rend particulièrement attachant.

2017509-hulk_41_art_b.jpgMais c’est bien sûr Annie, l’un des LMDs de la Gamma Base, qui constitue LE personnage secondaire majeur de la série. Au fil des épisodes, par petites touches successives, Parker a eu l’habileté de développer entre elle et Ross un sentiment amoureux qui ne fait que croître, et l’on regrette que le titre s’arrête sans que leur relation ne soit allée plus loin. Il est en effet peu probable que Parker poursuive cette piste dans « She-Hulk », qui mettra l’accent sur la fille de l’ancien général.

 

hulkthe041_dc11_lr_0001.jpgCette galerie de personnages est intéressante, dans la mesure où l’on s’aperçoit que tous posent, par leur nature même, la question de ce que c’est que d’être « humain ». Tous, de Hulk à Annie en passant par Zéro/One, le clone du M.O.D.O.K. et Magnus, ont l’apparence d’être humains, mais sont également autre chose : un monstre bodybuildé aux rayons gamma, une androïde, une intelligence artificielle, un clone, l’héritier d’une technologie alien. Et c’est sans doute l’un des aspects les plus intéressants de ce run. Bien que Parker soit un auteur très attaché au rythme, ses scénarios étant constamment relancés, sur un tempo relativement rapide, il n’en est pas pour autant, contrairement à Loeb, un auteur superficiel. Il transparaît ainsi derrière les aventures de Hulk et de ceux et celles qui l’accompagnent, un réel questionnement sur ce qui fait que l’on est, ou pas, « humain ». Et la réponse qu’apporte Parker à cette question est tout en nuances, le scénariste s’appliquant par exemple à montrer que Zéro/One, malgré son ambition de rationalisme et sa pensée binaire, demeure comme hantée par son passé, et reste influencée par des représentations irrationnelles. Ou que la liberté dont bénéficie le clone du M.O.D.O.K. par rapport à son prédécesseur peut très bien le pousser à faire non pas le mal, pour lequel il avait été créé par l’A.IM. à l’origine, mais aussi le bien. De même, la relation amoureuse qui se tisse entre Hulk et Annie tient en partie à ce que tous deux se sentent à la fois humains et en-dehors de l’humanité, compte tenu de ce qu’ils sont. Ce thème récurrent dans la série ne fait qu’ajouter à l’épaisseur des personnages, et la crédibilité de son scénario, lequel n’a rien d’un récit manichéen, avec des valeurs bien tranchées et censées être admises par tous. Ce faisant, Parker nous rappelle fort à propos que l’on peut écrire pour le main stream tout en dépassant le cadre basique auquel celui-ci se limite souvent, et développer de vraies histories, avec des problématiques un peu plus poussées.

 

hulk 41 eAvant de conclure, hormis les évidentes qualités rythmiques de l’écriture de Parker, qui viennent d’être évoquées ci-dessus, et que l’on retrouve aussi dans la série « Thunderbolts/Dark Avengers », on signalera que le succès critique de « Hulk » tient aussi à la grande qualité des artistes qui s’y sont succédé. Gabriel Hardman, épaulé par Bettie Breitweiser pour les couleurs, a su, la première année, imposer une forte identité stylistique à la série, tout en rendant crédible les visions délirantes de Parker. Par la suite, Patrick Zircher, Elena Casagrande, Carlo Pagulayan ou Dale Eaglesham, qui sont tous de grandes et belles signatures du comic book actuel, ont su préserver au titre sa qualité graphique indéniable, en l’inscrivant continûment dans une esthétique à la fois réaliste et fantaisiste. Peu d’auteurs peuvent, comme Jeff Parker, se targuer d’avoir eu une aussi belle équipe artistique sur une telle durée.

 

On en peut donc que regretter l’arrêt de ce titre. Officiellement, Hulk est réquisitionné pour s’en aller renforcer une nouvelle équipe de Thunderbolts. Plus officieusement, on peut penser que l’érosion régulière des ventes depuis un an a précipité la chute de la revue, son dernier numéro n’ayant pas même réussi à se classer dans le Top 100 du mois d’août. Il est aussi probable que Parker ait ressenti le besoin de se renouveler. Tout comme il a transformé « ses » « Thunderbolts » en « Dark Avengers », il prendra en effet le relais de « Hulk » dès novembre avec une nouvelle on-going série, « She-Hulk », qui mettra en scène Betty Ross, la fille de Thad. L’auteur a fait savoir qu’il y avait, de son point de vue, bien des pans de la vie de Betty à explorer. Si cela s’avère aussi convaincant qu’avec son papa, on ne peut que s’en réjouir.

 

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