L’art de Carlos Magno

Publié le par Jean-Michel Gouvard

« Deathmatch » est le seul titre indépendant qui, en décembre, soit parvenu à se hisser dans le très convoité Top 100 des ventes, où l’on trouve par ailleurs 99 revues publiées soit par Marvel, soit par DC. Après avoir rendu compte de cette première livraison voici deux jours, nous allons examiner plus en détail quelques aspects de l’art de Carlos Magno, le dessinateur en charge de cette série, à partir d’une splash page pour le moins épique, dont voici le crayonné :

DM 01 cvr Magno 1pencils

Pour ceux et celles qui aiment les énigmes, vous pourrez vous amuser à retrouver dans cette mêlée les personnages que « marvelouscomics » vous a présenté hier, en compilant les fiches destinés à figurer, en guise de bonus, à la fin de chaque numéro de « Deathmatch ». Une telle illustration demande un peu de métier pour être menée à son terme avec succès, car elle présente un certain nombre de difficultés techniques, à commencer par la nécessité d’être lisible. Pour ce faire, Carlos Magno joue tout d’abord sur la composition. Aussi confuse que puisse paraître la mêlée, l’artiste n’en a pas moins disposé ses personnages et déterminé leurs postures selon des lignes de force aisément repérables :

DM 01 cvr Magno 1pencils db

On voit qu’en particulier les positions des jambes et des bras sont déterminantes, dans la mesure où, d’un personnage à l’autre, les membres doivent être orientés de manière à dessiner, en se relayant, les lignes de force qui viennent structurer l’espace. Les fumerolles dans la partie haute de l’image, à gauche, ou les auréoles énergisantes, sur la droite, y contribuent également, tout comme les troncs de plusieurs personnages. Au centre même de l’image, deux combattants sont ainsi comme « encadrés » par ces lignes de force, et mis en valeur : Berserk, au premier plan, et l’imposant George Truman juste derrière lui. A gauche, isolée par deux des droites, s’impose la silhouette de Nephilim et, à droite, celle de Sol Invictus. Et, en bas de l’image, coupés à autour des hanches ou de la poitrine, mais placés en premier plan, ce sont Replic-8 à gauche et Electronika à droite qui accrochent le regard :

DM 01 cvr Magno 1pencils TER

Mais ces lignes de force n’ont pas seulement un rôle structurant. Par leur orientation oblique et leur entrecroisement, elles renforcent aussi l’impression de mouvement et de violence qui ressort de l’image. En effet, cette impression ne vient pas seulement de ce que nous voyons des super-héros bodybuildés se taper copieusement les uns sur les autres, mais aussi de ces lignes qui zèbrent la page en produisant un sentiment de déséquilibre et de rupture, du fait même qu’elle sont obliques et qu’elles s’entrecroisent. A l’inverse, si Carlos Magno avait voulu donner le sentiment de la stabilité, il aurait construit des lignes de force horizontales et verticales, se croisant à angle droit à un tiers de chaque bord de l’image : l’impression produite aurait été celle d’un univers beaucoup plus stable que celui ici représenté.

DM 01 cvr Magno 2inks

L’encrage, que l’artiste réalise lui-même, va renforcer la lisibilité de l’image, tout d’abord en instaurant une profondeur de champ, par le jeu des contrastes. Les personnages se détachent ainsi sur des fumerolles noires sur les deux bons tiers gauches de l’image, tandis que, sur la droite, c’est au contraire un fond clair qui permet de mettre en valeur les combattants. Le procédé se retrouve dans les différents duels qui opposent les belligérants, à commencer par le duo central, le costume noir de Berserk tranchant sur celui, plus clair, de George Truman. Il en va de même des personnages qui attaquent Nephilim, lesquels sont tous de taille plus petite mais sont rendus bien visibles par un costume à dominante sombre. Ou encore de la malheureuse qui est embrochée par Sol Invictus, en haut à droite de l’image. L’encrage permet également de donner corps aux différentes matières, l’espace se structurant ainsi par les contrastes non plus tonals mais matériels, entre l’acier, le cuir, le textile et la peau.

DM 01 cvr Magno 3color

Les couleurs, appliquées ici par Michael Garland, manifestement à l’aide d’un logiciel, parachèvent les effets recherchés par le dessinateur. L’arrière-plan s’enrichit d’un fort contraste entre couleurs chaudes et froides, tout en continuant à jouer son rôle de faire-valoir des combattants, et les personnages susmentionnés finissent d’imposer leur présence, avec les autres participants qui orbitent autour d’eux.

 

La mêlée est ainsi bel et bien vue comme une mêlée, mais sans que l’œil s’y égare, la page imposant son rythme par les divers procédés de composition et d’exécution mis en œuvre par l’artiste, préservant ainsi sa lisiblité.

 

Articles liés :

- « Deathmatch#1 » par Paul Jenkins et Carlos Magno

- « Deathmatch » : Les fiches de tous les super-héros 

Rejoignez la communauté marvelouscomics sur Facebook et sur Twitter !

Publié dans Analyses

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article