« Captain Marvel 3 » par Kelly Sue DeConnick et Dexter Soy

Publié le par megaglob

cap-marvel-3-b.jpgMarvel a pour pratique commerciale de multiplier les nouvelles revues, afin de préserver ses parts de marché face à la concurrence, en diversifiant son offre. Mais cette technique de marketing n’empêche pas forcément les créateurs d’être au rendez-vous, et cette troisième livraison de « Captain Marvel » en apporte une fois de plus la preuve.

 

Kelly Sue DeConnick, l’une des nouvelles étoiles montantes du comic book, ne cesse de nous surprendre avec cette nouvelle série. Au chapitre précédent, Carol Danvers s’est retrouvée en difficulté au volant d’un « T6 », un avion qui avait appartenu à son modèle et mentor, Helen Cobb. Après avoir perdue connaissance, elle s’est réveillée sur une île du Pacifique, en… 1943, où une escouade de jeunes femmes luttent contre des soldats Japonais et de mystérieux engins volants, qu’elles appellent des « rôdeurs ».

 

Ce troisième épisode s’ouvre sur un combat entre deux de ces rôdeurs et Carol Danvers, laquelle ne manque pas d’en abattre un. Elle découvre à cette occasion que son pilote est japonais, mais que l’engin qu’il utilise est issu de la technologie kree. DeConnick parvient ainsi à relancer son scénario, en lui donnant une densité que l’on ne soupçonnait pas : une simple histoire de voyage dans le temps, somme toute assez banale dans l’univers marvélien, se transforme peu à peu en énigme, Carol se demandant dans quelle mesure son transfert sur cette île, et à cette époque, face à un adversaire qui bénéficie comme elle de pouvoirs krees, tient du hasard…

cap-marvel-3-a.jpgParallèlement, DeConnick préserve la dimension psychologique de sa narration, en développant au centre du chapitre une longue scène où la jeune femme discute avec celles qui l’ont délivrée des mains des Japonais. Carol Danvers et ses compagnes gagnent ainsi en épaisseur, grâce à des réparties bien écrites et qui, comme dans les deux premiers épisodes, sonnent particulièrement justes, évitant les stéréotypes des dialogues « entre filles » dans lesquels tombent bien souvent les auteurs masculins. Le troisième temps du chapitre renoue avec l’action : les Japonais – ou les Kress ? – reviennent à l’attaque, et le tout s’achève sur un cliff hanger qui fait monter d’un cran la tension, comme il se doit.

 

cap-marvel-3-d.jpgCet excellent scénario, très bien maîtrisé, est mis en images par Dexter Soy. Un choix surprenant, pour le lancement d’un titre destiné a priori à un large public. Certes, Dexter Soy respecte les conventions du comic book pour ce qui est de la mise en page et du story telling. Il joue ainsi volontiers sur la taille de ses vignettes, optant, selon les circonstances, aussi bien pour l’insert en superposition que pour la splashe page. Et il pratique aussi bien l’ellipse appuyée que les raccords dans l’axe ou encore les champs / contre-champs, selon qu’il souhaite accélérer ou ralentir le tempo du récit.

 

Mais l’encrage très partiel de ses dessins, tout comme le rendu pictural dans l’application des couleurs, que Dexter Soy réalise lui-même, font que ses dessins sont souvent plus proches de l’illustration que du strip de bande dessinée. Il impose ainsi à cette série une identité graphique très forte, et en même assez décalée par rapport aux attentes standards du lecteur de comics. C’est en cela que le choix de cette signature surprend, mais dans le bon sens du terme. Si son univers visuel risque de dérouter, voire de rebuter certains, il s’accorde très bien néanmoins avec ce récit qui, malgré ses scènes d’action spectaculaires, est aussi une aventure tout intérieure, comme le montrent les flashes back, et les réflexions auxquelles se livrent Carol.

 

Une série à suivre, sans aucun doute.

 

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